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O M P T E - R E N D U |
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Promenade «voir-sentir-entendre»
9 h.30 - Port ostréicole d'Arès. Notre petit groupe fait preuve
de courage : à peine sorti d'une nuit pluvieuse, il lui faut composer
avec un petit jour à crachin. Deux thermos de café fumant
renforcent notre cohésion, à l'unisson d'une bande d'oiseaux
dénoncés par leurs pépiements, accrocs légers sur
le silence mouillé. Côté terre, la végétation
encore toute verte bruisse au-dessus du miroir d'un "estey"
où cancane une armada de col-verts que dédaignent un chasseur
et son chien.
Côté port, le pointillé rectiligne des cabanes
aux couleurs acides agace l'oeil.
Immense, une fresque en demi-gris nacrés mèle le ciel
et l'estran. C'est marée basse : barcasses, pinasses, bâteaux
de travail et de loisir fraternisent en des poses peu marines sur l'étendue
de boue (la "hagne") veinée de ruisselets ("arouilles").
Et "ça sent la hagne"!!! Cette odeur iodée, toute puissante,
aux effluves ("fraîchin") d'huitre et d'algue putrides,
semble tout imprégner, quand s'élève de la cheminée
d'une maison isolée des volutes de fumée évoquant
des senteurs domestiques.
Le bassin
s'éveille et c'est, encore, un premier matin du monde...
Déjà, nous avons appris de nos compagnons gens du Bassin
quelques mots qui disent ce pays, mieux que les nôtres.
Le sentier littoral est bordé de cotonniers dont les houppes
blanches, gavées d'eau, font deuil de leur habituelle légèreté.
Du haut d'un poteau de pin ("pigne") une mouette surveille
le flux qui, au loin, amorce son retour.
Les "arouilles" prennent des airs de mangrove quand les troncs
des tamaris y retiennent des algues apportées par la mer.
Canards et cygnes, que nos bavards alertent, s'ébrouent et trompettent.
Loin au dessus, les mouettes crient quelque désapprobation.
Cà et là, des casiers attendent les proies que leurs amenènera
la prochaine marée.
Fraîche,
l'odeur des feuillages humides atténue les senteurs salines.
Derrière les grilles du Centre Social EDF, un grand pin maritime
témoigne d'une autre époque : il fut "gemmé"
par un de nos compagnons.
Des chiens promènent leurs maîtres.
Le sentier littoral débouche sur la plage d'Arès, déserte,
hors la dépouille d'un cygne mort.
La poésie hystérique d'un taille-haie précipite nos pas
sur le front de mer, jusqu'à l'OVNIport.
Une paire
de canons à la corsaire et une tour crénelée confèrent
un aspect martial à la petite esplanade devant la jetée
rase.
A l'entrée du bourg, marquée d'un pin remarquable, quelques
maisons anciennes en côtoient de plus récentes. Sur le trottoir,
la dépouille d'un oiseau. La place du marché est déserte. De
rares passants se hâtent sous l'averse. La rumeur automobile dit
l'éveil de la ville. Nous contournons un vaste parc, ancien domaine
bâti par les grandes familles locales, entre autres celle de David
Allègre, puis des Wallenstein. Sous les chênes, charmes
et pins centenaires, le pastel de cyclamens en nappes attendrit le regard.
La pluie redouble, les égouts exhalent de fétides odeurs. Sur
la route ramenant au port ostréïcole, de nouvelles constructions s'essayent
à copier les bâtiments d'origine : communs, granges, écuries,
étables, qui furent certes moins cossus, mais autrement animés !
Passé le cimetière nous voici revenu à la campagne
: prés, vignes à l'abandon, prairie où caracolent des chevaux
de belle race, anciens bassins piscicoles réservés pour
la pêche de loisir. C'est la fin du parcours : nous courrons aux
voitures...
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10h30 : retour à la CCAS d'Andernos - Préparation
des contes-rendus :
Les promeneurs matinaux sont invités à rédiger un
texte résumant leurs impressions. Dans le quart d'heure imparti,
ce petit travail est effectué, puis partagé entre les participants.
On peut ainsi constater que, pour une même expérience, la
mémoire génère autant de variantes que de points
communs.
PS - au paragraphe précédent, le
texte reproduit ne reprend que les impressions d'Andrée Combe et
Daniel Cointe. |

Luc Frédefon dirige la publication de
Côte
et Terre, revue dédiée au patrimoine arésien
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12h30 : Arès et son Histoire - par Luc Frédefon.
Luc Frédefon commente notre promenade en donnant mille précisions
remarquables sur les sites visités :
- l'ancien droit de chasse aux oies bernaches, portées à
Bordeaux "par charettes entières";
- la résine du pin, produit de calfatage depuis 40.000 ans ;
- le pont de Bredouille en amont du port aujourdhui ostréicole, jadis
de Lège ;
- le chemin de Compostelle, branche dite "voie des nordiques",
ici "vieux caminot", passant par Soulac ;
- le moulin d'Arès (possiblement construit par David Allègre qui en
possédait le plan), ses ailes furent rognées pour éviter
la taxe, puis on ajouta la bordure crénelée qui lui donne son aspect actuel ;
- tout près il y eut une tuilerie et une usine à résine dont
les produits étaient embarqués là, sous l'oeil
attentif des préposés aux Douanes ;
- en 1863, pour faciliter les embarquements, on construisit la jetée
(ou chaussée marine) d'Arès à proximité du ruisseau
(arrouillette) ;
- les deux canons que l'on voit à l'emplantement de l'ouvrage
ne témoignent probablement pas d'un passé guerrier mais
plutôt d'une récupération d'épave marine ;
- Saisi et mis aux enchères en 1813 le "château", centre
d'un domaine de 12780 hectares où vivaient 600 familles (logées
dans des cabanes et rendant hommage au propriétaire avec pêche, volailles,
etc) fut finalement acquis par David
Allègre qui y vécut de 1835 à 1846 et contribua
grandement à améliorer la vie des habitants. La propriété
devint ensuite celle du banquier Léopold de Javal puis de sa
fille Sophie, épouse Wallenstein. Ce fut elle qui fit construire
en 1895 une clinique abritant un service de chirurgie qui allait devenir
centre médical, puis maison de santé, avant d'être transféré
à l'actuel Centre
Médico Chirurgical d'Arès, près de l'Aérium
également fondé par Sophie Wallenstein.
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13h15 : partage des déjeuners tirés des sacs.
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14 h15 : Prestigieuse Audenge, capitale de Certes et
Buch, par Jean-Pierre Bernès.
Audengeois
de 3ème génération, Jean-Pierre Bernès se présente
avec humour comme un "presque" enfant du pays. Egrenant anecdotes
savoureuses et souvenirs d'enfance, il fait revivre des personnalités
contemporaines et complète son propos par une visite photographique
de sa propre demeure, une "chartreuse" de 40 m de long, bâtie
en pierre de Certes en 1752.
L'historien dresse ensuite un tableau de l'histoire
locale, qui commence au XIII° siècle, dans une Guyenne
anglaise, avec un captalat de La Teste-Gujan-Cazaux, transmis par les
femmes de génération en génération jusqu'au
XVII° siècle.
Le domaine de Certes-Graveyron qui, d'Audenge à Saint-Jean d'Illac,
couvrait quelque 120000 hectares revint alors aux Marquis
de Durfort de Civrac (Louis XV, dans une lettre, s'adresse au Seigneur
de Certes). Le dernier d'entre eux fut maire de Pondichéry où il
décéda, ruiné et sans postérité, en 1792. Le bourg
d'Audenge (incluant la "maison Civrac") vendu aux enchères
en 1799 fut acheté par Jean
Dauberval maître de ballet à la cours de Versailles, "exilé"
à Bordeaux.
L'ensemble du domaine connut ensuite divers propriétaires pour
finalement être acheté par François Valeton de Boissière,
négociant du quartier des Chartrons à Bordeaux. Son fils, Ernest
Valleton de Boissière, fouriériste avisé, assainit et
met en valeur le Domaine de Certes (transformation des salines en réservoirs
piscicoles et plantations de pins). Il démolit aussi le vieux château
des Civrac et le remplace par une sobre bâtisse de pierre avec un étage.
C'est le batiment que l'on voit aujourd'hui... |
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15h30
: Evolution d'Andernos, par Annie Nurit.
Membre de l'association Mémoire
d'Andernos-les-Bains, Annie Nurit partage avec nous ses souvenirs.
Son témoignage, vif et précis, montre bien l'évolution
de la ville et, surtout, la transformation du mode vie des habitants.
En citant quelques expressions parlées, elle met en valeur la
richesse du vocabulaire local, particulierement apte à rendre
les nuances de l'environnement du Nord Bassin.
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16h30
: Le gemmage, par Claude Courau.
Ancien gemmeur, Claude Courau, après une courte introduction
sur ce métier
disparu, donne un historique du gemmage landais et des explications
techniques.
Il fait ensuite état de la disparition
de cette pratique, détaillant les conséquence sociales
et environnementales, néfastes tant pour la diversité
des coutumes que pour celle des espèces. Moins travaillée,
la forêt landaise s'appauvrit (une dizaine d'espèces de
pins pour les 112 qu'on y trouvait), la faune diminue. Aussi, la durabilité
du bois d'oeuvre provenant des pins gemmés n'est plus qu'un souvenir.
Une telle évocation pourrait être empreinte d'amertume,
mais notre intervenant est animé d'une passion
si dynamique qu'il s'efforce à donner au gemmage sa place dans
le monde de demain. Pour cela, il a testé et inventé des
techniques innovantes : gemmage en vase clos, distillation plus efficace,
production de résine accrue par l'adjonction d'un agent neutre...
Aujourd'hui, c'est aux acteurs socio-économiques qu'il destine
ce message empreint de sagesse : l'avenir se construit à partir
du passé...
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Anne
Debaumarché
dirige la publication de Terres Océanes, très
beau magazine dédié au patrimoine et à l'environnement (Bordeaux
- Médoc - Bassin d'Arcachon - Landes)
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Cette journée de réflexion dynamique a
été conçue et animée par Anne Debaumarché
et Sylvie Meyrat, assistées du groupe de travail de l'UPBA
"Mémoire du Bassin"
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